JEPA (Joint Embedding Predictive Architecture) et Advanced Machine Intelligence Labs.
L’intelligence animale comme boussole de l’IA.
Il y a, dans les propos de Yann Le Cun, une vérité qui traverse toute la conférence : pour comprendre l’avenir de l’intelligence artificielle, il faut d’abord regarder les animaux. Non pas par romantisme, mais parce qu’ils incarnent la forme la plus efficace d’intelligence naturelle. Un chat qui anticipe la trajectoire d’un jouet, un corbeau qui cache sa nourriture en prévoyant les voleurs, un enfant qui apprend à marcher sans manuel ni données massives : voilà les véritables maîtres de l’apprentissage.
Les animaux ne disposent ni de modèles statistiques, ni de bibliothèques de texte. Ils apprennent en touchant, en chutant, en observant, en corrigeant. Ils construisent un modèle interne du monde, une petite carte invisible qui leur permet de prévoir, d’imaginer, de simuler mentalement ce qui pourrait arriver. Cette capacité d’anticipation, discrète mais fulgurante, manque encore aux machines.
C’est là que naît le rapprochement essentiel : si l’IA veut devenir vraiment intelligente, elle devra imiter cette économie du vivant. Moins de données, plus de sens ; moins de calcul, plus de compréhension. Le futur de l’IA ne se trouve pas dans les bibliothèques numériques, mais dans la manière dont un animal traverse le monde : avec prudence, intuition, et une étonnante capacité à apprendre vite.
Ce sont des exemples très simple permettant d'expliquer des process très compliqués.
Résumer en fin de cet article.
En complément plus avant des explications sur le schéma de l'architecture JEPA (Joint Embedding Predictive Architecture).
Intervenant :
Suite de cette conférence de Yann LeCun :
Résumé des 30 dernières minutes (≈ de 56:00 à la fin).
1) Régulation : distinguer les usages de la recherche
2) Impact environnemental des centres de données
3) Données haptiques, robotique et limites des capteurs
4) Apprentissage social et collaboration humain–machine
5) Ancrage physique de la compréhension
6) Menaces sécuritaires et risques biologiques
7) Intelligence animale et apprentissage adaptatif
8) Causalité, planification et modèles du monde (JEPA)
9) Conclusion
1. Les animaux apprennent avec très peu de données
Le Cun insiste sur un point central :
Un animal n’a pas besoin de millions d’exemples pour comprendre son environnement.
Il apprend en observant, interagissant, explorant, et corrigeant ses erreurs.
➡️ Exemple typique :
Un chat ou un chien comprend rapidement la physique intuitive (gravité, solidité, trajectoires).
Il n’a pas besoin de voir 10 000 fois un objet tomber pour comprendre ce qu’est une chute.
2. Les animaux construisent un “modèle du monde”
Il explique que :
Les animaux créent des représentations internes de leur environnement.
Ils anticipent ce qui va se passer :
un singe sait qu’une branche peut casser,
un oiseau sait qu’un prédateur peut surgir,
un chat sait qu’un objet caché derrière un obstacle continue d’exister.
➡️ Ce modèle interne est causal, pas statistique.
3. Les animaux planifient et simulent mentalement
Le Cun donne des exemples de planification animale :
Un corbeau qui cache de la nourriture prévoit que d’autres corbeaux peuvent l’observer.
Un singe choisit une trajectoire dans les arbres en simulant mentalement les distances et les risques.
➡️ Pour lui, cette capacité de simulation interne est exactement ce que JEPA doit reproduire.
4. Les animaux apprennent par interaction, pas par texte
Contrairement aux LLM :
Les animaux apprennent en touchant, manipulant, explorant, jouant.
Ils utilisent la motricité pour comprendre le monde.
➡️ Exemple : Un chiot comprend la différence entre un objet mou et un objet dur en le mordant, pas en lisant une description.
5. Les animaux comprennent les invariances
Le Cun explique que :
Un animal reconnaît un objet même s’il change d’angle, de lumière ou de position.
Cette capacité d’invariance est naturelle chez les animaux, mais difficile pour les IA.
➡️ Exemple : Un éléphant reconnaît un humain même si celui-ci est :
assis,
debout,
derrière un arbre,
partiellement caché.
6. Les animaux apprennent la causalité par expérience
Il insiste sur la causalité :
Un animal comprend que ses actions ont des conséquences.
Il teste, observe, corrige.
➡️ Exemple : Un loup apprend que pousser une pierre peut la faire rouler, mais pousser un arbre ne le fera pas tomber.
7. Les animaux collaborent et apprennent socialement
Le Cun mentionne l’apprentissage social :
Les animaux apprennent en imitant les autres.
Ils observent les comportements efficaces.
➡️ Exemple : Un dauphin apprend une technique de chasse en observant un autre dauphin.
Synthèse : pourquoi ces exemples ?
Yann Le Cun utilise les animaux pour démontrer que :
L’intelligence n’est pas du texte,
L’intelligence est incarnée,
L’intelligence repose sur un modèle du monde,
L’intelligence est causale,
L’intelligence est interactive,
L’intelligence est économe en données.
➡️ JEPA vise à reproduire exactement ces propriétés.
Schéma d’architecture JEPA (Joint Embedding Predictive Architecture)
Version plus “pipeline”
La société fondée par Yann Le Cun s’appelle AMI Labs, pour Advanced Machine Intelligence Labs.
C’est une entreprise de recherche en intelligence artificielle créée en décembre 2025, basée à Paris, et centrée sur les world models et l’architecture JEPA qu’il défend.
📌 Informations clés (confirmées par les sources)
Nom complet : Advanced Machine Intelligence Labs (AMI Labs)
Fondateur : Yann Le Cun (Executive Chairman)
Création : décembre 2025
Siège : Paris (avec bureaux à New York, Montréal, Singapour)
Mission : développer des modèles du monde (world models) plutôt que des LLM classiques
Financement : ≈ 1,03 milliard de dollars en seed round (record européen)
Les Worlds Models : l’IA post LLM, expliqué par Yann LeCun
Hack the World(s) 2026 — Conférence inaugurale avec Yann Le Cun · World Models & JEPA
Résumer :
🧠 Résumé des propos de Yann Le Cun — Conférence Hack the World(s) 2026
1) L’IA actuelle est loin de l’intelligence animale et humaine
Yann Le Cun commence par rappeler un paradoxe fondamental : les systèmes d’IA modernes (LLM, agents, robots) sont incapables d’apprendre rapidement, contrairement aux animaux et aux humains.
Un adolescent apprend à conduire en 20 heures.
Un robot autonome nécessite des millions d’heures de données.
Les animaux apprennent des tâches complexes sans entraînement massif.
➡️ L’IA actuelle n’a pas de modèle du monde.
2) Pourquoi les robots sont encore “stupides”
Il explique que toutes les entreprises de robotique savent construire des robots qui marchent, courent ou font des démonstrations… mais aucune ne sait les rendre intelligents.
Les démonstrations sont pré-calculées.
Les robots n’ont aucune compréhension de la physique ou des conséquences de leurs actions.
Ils ne peuvent pas manipuler un objet dans un environnement inconnu.
➡️ Sans modèle du monde, impossible d’avoir un robot utile.
3) Les LLM ne sont pas des systèmes intelligents
Le Cun critique les LLM :
Ils accumulent des connaissances déclaratives, comme un étudiant qui récite par cœur.
Ils ne comprennent pas le monde physique.
Ils ne peuvent pas raisonner par optimisation.
Ils ne peuvent pas prédire les conséquences de leurs actions.
Il rappelle que l’intelligence n’est pas ce que vous savez, mais ce que vous faites quand vous ne savez pas.
4) L’intelligence = capacité d’adaptation rapide
Pour lui, l’intelligence se mesure par :
la vitesse d’apprentissage,
la capacité à accomplir une nouvelle tâche sans entraînement,
la réduction du regret (erreur cumulée lors de l’apprentissage).
➡️ L’IA doit apprendre comme un animal ou un enfant, pas comme un moteur statistique.
5) Pourquoi le texte ne suffit pas
Il démontre mathématiquement que :
Un enfant de 4 ans reçoit 10¹⁴ octets d’information sensorielle.
Un LLM reçoit 10¹⁴ octets de texte… mais le texte est une version ultra-compressée du monde réel.
La vision, le toucher, l’audition contiennent des millions de fois plus d’information.
➡️ On n’atteindra jamais l’intelligence humaine en entraînant sur du texte.
6) Deux types d’inférence : les LLM n’en utilisent qu’un
Il distingue :
Système 1 : inférence directe (LLM)
propagation dans un réseau,
sortie immédiate,
aucune recherche,
aucune optimisation.
Système 2 : inférence par recherche (intelligence réelle)
imaginer des actions,
simuler leurs conséquences,
optimiser un objectif.
➡️ Les LLM ne peuvent pas raisonner, car ils ne font pas de recherche.
7) Le rôle central des World Models
Le Cun introduit le concept clé :
Un World Model permet :
de prédire l’état futur du monde,
de simuler des actions,
d’éviter les erreurs catastrophiques (ex : tomber d’une falaise),
d’apprendre rapidement de nouvelles tâches.
➡️ C’est ce que font les animaux et les humains.
8) La planification hiérarchique : indispensable
Il explique que toute intelligence naturelle :
planifie à différents niveaux d’abstraction,
combine perception + mémoire + objectifs,
ajuste ses actions en fonction de l’environnement.
Exemple : aller de New York à Paris → plan en plusieurs niveaux.
➡️ Les animaux utilisent cette hiérarchie, les IA actuelles non.
9) Pourquoi JEPA est nécessaire
Il critique les modèles génératifs (diffusion, VAE, etc.) :
ils essaient de prédire tous les détails,
mais la majorité des détails du monde réel est imprédictible,
donc ils produisent des prédictions floues ou inutiles.
JEPA (Joint Embedding Predictive Architecture) :
prédit des représentations, pas des pixels,
ignore les détails imprédictibles,
capture la structure causale du monde,
permet la simulation mentale.
➡️ JEPA est la base des futurs World Models.
10) Conclusion : l’avenir de l’IA passe par les World Models
Yann Le Cun conclut :
Les systèmes agentiques doivent prédire les conséquences de leurs actions.
Les robots doivent avoir un modèle du monde.
Les IA doivent apprendre comme les animaux : perception → représentation → prédiction → action → adaptation.
Il invite les étudiants à contribuer à cette nouvelle génération d’IA.
La souveraineté numérique selon Yann Le Cun
La souveraineté est un thème qui traverse toute son intervention, même si Le Cun n’utilise pas toujours le mot directement. Sa position est nette, cohérente, et très différente du discours dominant en Europe.
1) La souveraineté ne vient pas de la régulation, mais de la capacité
Pour lui, l’Europe — et la France en particulier — a longtemps cru que la souveraineté se construisait par la réglementation. Il considère que c’est une erreur stratégique.
Ce qui donne du pouvoir, dit-il implicitement, ce sont :
les talents (il insiste sur l’excellence des étudiants français),
les infrastructures de calcul,
l’énergie décarbonée et pilotable,
la capacité à entraîner des modèles,
la maîtrise des architectures fondamentales (World Models, JEPA).
➡️ La souveraineté = capacité matérielle + capacité scientifique.
2) Sans compute, pas de souveraineté
Le ministre Philippe Baptiste le dit explicitement dans la vidéo, et Le Cun le confirme en creux : l’accès au supercalculateur français est un élément stratégique majeur. Sans GPU, sans compute massif, un pays ne peut pas exister dans l’IA.
➡️ La souveraineté passe par l’accès autonome à la puissance de calcul.
3) Les talents français sont un atout stratégique
Le Cun insiste longuement sur un point : les étudiants français sont au niveau des meilleurs du monde.
Il dit clairement que la France n’a « rien à envier » aux États-Unis ou à la Chine en termes de cerveau, de rigueur, d’énergie. Ce capital humain est, pour lui, un pilier de souveraineté.
➡️ La souveraineté passe par la formation et la recherche, pas par la bureaucratie.
4) Les modèles du monde (World Models) sont un enjeu de souveraineté
Le ministre le dit explicitement :
« Les World Models et l’architecture JEPA définiront l’avenir du champ. Notre capacité à nous en emparer est la condition pour exister dans les mondes de l’IA. »
Le Cun, en développant JEPA, propose une architecture européenne, une voie alternative aux LLM américains.
➡️ La souveraineté passe par des architectures propres, pas par l’importation de modèles étrangers.
5) La souveraineté = produire, pas seulement utiliser
Le Cun critique implicitement les approches qui se contentent :
d’utiliser des modèles américains,
d’empiler des couches de régulation,
de dépendre des plateformes étrangères.
Pour lui, la France doit produire : des modèles, des robots, des architectures, des systèmes cognitifs.
➡️ La souveraineté passe par l’innovation locale, pas par la dépendance.
Synthèse : sa position en une phrase
La souveraineté numérique ne se gagne pas par la loi, mais par la capacité : compute, talents, recherche, architectures, et production locale.
Résumé en 20 lignes de cet article :
Yann Le Cun rappelle que l’intelligence artificielle moderne reste très loin de l’intelligence animale. Un chat, un corbeau, un enfant apprennent vite, avec peu d’exemples, en explorant le monde réel. Les animaux construisent un modèle interne du monde, une carte invisible qui leur permet d’anticiper. Ils simulent mentalement, prévoient les conséquences, corrigent leurs erreurs en temps réel. Les machines, elles, n’ont pas encore cette capacité : elles mémorisent, mais ne comprennent pas. Les LLM récitent, mais ne savent pas raisonner, ni prédire l’avenir, ni optimiser une action. Pour Le Cun, l’intelligence n’est pas ce que l’on sait, mais ce que l’on fait quand on ne sait pas. C’est pourquoi il défend les World Models et l’architecture JEPA, capables de prédire des états latents. JEPA ne génère pas des pixels : il construit une représentation causale du monde, comme le cerveau animal. Cette approche permettrait aux robots d’apprendre vite, d’agir dans l’inconnu, de devenir réellement utiles. Il insiste sur la planification hiérarchique, présente chez tous les animaux et absente des IA actuelles. Pour lui, l’avenir de l’IA passe par des systèmes capables de simuler, anticiper et s’adapter. Sur la souveraineté, sa position est claire : elle ne vient pas de la régulation, mais de la capacité. Un pays souverain doit maîtriser le compute, la recherche, les architectures et la production locale. La France possède les talents, mais manque de puissance de calcul et d’audace industrielle. Il critique les approches qui se contentent d’utiliser des modèles étrangers sans en produire. La souveraineté exige de créer ses propres modèles, ses propres robots, ses propres infrastructures. Les World Models sont un enjeu stratégique : qui les maîtrise, maîtrise l’IA de demain. Le Cun voit dans l’intelligence animale une boussole pour construire une IA souveraine, efficace et incarnée. Et il invite les chercheurs à bâtir cette nouvelle génération d’intelligence, inspirée du vivant.
Pour en savoir plus sur moi, mes blogs:
https://www.ugaia.eu/ https://larselesrse.blogspot.com/
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https://cluboffice2010.blogspot.com
Sur YouTube :
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Mes 15 livres :
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